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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 10:46

Ce problème est très préoccupant pour les propriétaires concernés. A chaque fois qu’ils rencontrent un chien au cours de leurs promenades avec leurs propres chiens, ils craignent que cela dégénère, que les bagarres soient violentes et que l’un des protagonistes soit blessé. Faisons le point sur les différentes propositions qu’offrent les professionnels pour leur venir en aide.

 

 

Les limites des méthodes positives


Lors d’un récent séminaire destiné aux professionnels et aux particuliers, un éducateur canin britannique a présenté ses méthodes pour résoudre les problèmes d’agressivités canines vis-à-vis de leurs pairs.


Vidéos et démonstrations sur le terrain à l’appui, il a illustré les différents niveaux de menaces et de morsures que peuvent commettre certains chiens sur leurs congénères. Du simple grognement à la vue d’un ennemi potentiel jusqu’à la violente attaque sans avertissement préalable, l’écart pourtant fort significatif est traité de la même manière : en récompensant les bons comportements tout en ne tenant pas compte des mauvaises attitudes.
Au moyen du système de renforcement positif par clicker suivi d’une friandise, le professionnel apprend progressivement à l’individu agressif qu’il vaut mieux se tenir tranquille plutôt que de vociférer lorsque son regard croise celui d’un autre chien.
Il reçoit alors une félicitation à chaque fois que son comportement est jugé correct, et aucune punition ni réprimande dans le cas contraire.


Recette miracle ?


On ne peut qu’être convaincu par les méthodes utilisées, non violentes pour l’animal perturbateur et clairement efficaces dans des situations peu dangereuses. En quelques minutes seulement, le chien apprend chien_pacifique.jpgà ne plus produire de réponse excessive face à un autre sujet canin. C’est le principe de l’habituation.
Bien entendu, on ne prétend pas que les protagonistes s’engageront dans la foulée dans une partie de jeu endiablée, mais au moins a-t-on fait baisser le niveau de stress et d’émotion forte pour les deux acteurs concernés. Dans les situations de menaces et d’agressivités légères, le renforcement positif est donc clairement un succès.


Jusqu’où peut-on aller ?


Lors d’une autre séquence vidéo, un chien très agressif s’attaque sans sommation à un mannequin (un faux chien) avec une énergie telle qu’il pourrait le déchiqueter si on le laissait aller au bout de sa séquence comportementale.
Sachant qu’il s’agissait d’une marionnette totalement inoffensive, il y a toutes les raisons de s’inquiéter pour le vrai chien qui croisera la route de cet énergumène enragé. La manifestation particulièrement excessive dont il a fait preuve alors que seul l’aspect visuel rappelle un congénère, (les odeurs, textures, postures, mouvements, signes de communication étant totalement absents sur le pantin) incite à réserver son pronostic sur la possibilité de modifier cette réactivité canine profondément et durablement.


Les limites de la méthode


Malgré une réelle efficacité dans les situations légèrement ou modérément tendues, il parait illusoire de considérer que dans les cas les plus graves de chiens très agressifs, mordeurs au point d’occasionner des blessures graves aux congénères canins, il soit possible de les gérer exclusivement par des méthodes dites « positives ».

En effet, la technique utilisée suppose tout d’abord une présence humaine systématique pour contrôler, encourager et féliciter l’animal dans toutes les circonstances de la vie courante où il serait amené à rencontrer un autre chien. 

Ensuite, on ne s’intéresse pas aux émotions du chien ni à l’origine de ses réactions, on cherche uniquement à modifier son comportement selon nos désirs. Or, s’il a peur, s’il défend une de ses ressources ou s’il a été dressé à mordre, il y a de fortes chances qu’il recommence dans une situation particulière ou quand la personne qui arrive à le gérer n’est pas présente.


Appréhender raisonnablement les risques de récidive


Pour le chien mordeur qui occasionne systématiquement des blessures, la muselière est un minimum indispensable, ainsi que le port de laisse, l’évitement des situations particulièrement à risques, un programme approprié de modification des attitudes indésirables, voire un traitement médicamenteux.

Dans les cas les plus graves, l’injection létale reste une option à ne pas écarter pour protéger tous ceux, de toutes les espèces, qui pourraient croiser la route du chien dangereux.

 

 

Les limites des méthodes punitives

 

Etudions à présent les opposées des techniques modernes non violentes de gestion des chiens agressifs envers leurs congénères : les méthodes punitives.


Les éducateurs canins qui ont été formés aux solutions dites « traditionnelles » fonctionnent plutôt  à l’inverse des méthodes « positives » : ils vont laisser l’animal exprimer son agressivité et sévir en « flagrant délit ». Parfois ils provoqueront la « faute » pour mieux intervenir radicalement.


Les outils pour le faire seront de différents ordres : pulvérisations chimiques, décharges électriques, coups portés sur le chien, colliers étrangleurs (parfois avec des pointes car ce n’est pas interdit dans tous les pays d’Europe), hurlements à son endroit, isolement ou privation de liberté. Il s’agit là de « faire comprendre », par la douleur psychologique, émotionnelle et/ou physique, quelles attitudes sont proscrites. Dans l’esprit des « traditionnalistes », il faut exercer une dominance sur le chien, si nécessaire au moyen d’une victoire par la force.


Recette miracle ? chien_puni.jpg


Pour le propriétaire novice épuisé par les agitations excessives de son animal, les résultats obtenus à force de répétitions des punitions sont satisfaisants : il semble plus calme, vocifère moins, parait enfin discipliné.
En vérité, son meilleur ami est passé par des étapes tellement rudes qu’il a fini par renoncer à la rébellion. Il n’a pas mémorisé comment bien se comporter, il a juste appris à ne plus être à l’initiative de quoi que ce soit, y compris les demandes pacifiques, bien qu’énergiques, auprès des autres chiens.


Les limites de la méthode


La confiance envers le maître est détériorée au fil des violences répétées. Soumis aux rudesses régulières, le chien est sur le qui-vive, son état permanent devient peu à peu l’anxiété.

Ensuite, il oscille entre la menace vis-à-vis des chiens qu’il croise en promenade (puisque c’est sa tendance) et la peur de se voir sanctionné (puisqu’il a appris que c’est ce qui allait arriver).

Enfin, les agressivités initialement destinées aux congénères peuvent se rediriger vers celui qui tient la laisse ! Au lieu de se concentrer sur les attitudes indésirables envers les autres chiens, on vient donc de générer un nouveau type de comportement agonistique : vis-à-vis de l’humain.


Jusqu’où veut-on aller ?


La maltraitance se trouve atteinte lorsque l’on entend dire, aujourd’hui encore, dans certains clubs ou chez quelques -rares ?- professionnels, qu’il faut priver l’animal délinquant (l’anthropomorphisme ne perturbe pas leurs auteurs) de nourriture et de soins durant plusieurs jours. Après tout s’il a été blessé durant une bagarre qu’il a lui-même provoqué, il faut qu’il en paie le prix.

Cette absence de connaissance de la psychologie canine doublée de cruauté (puisque l’on prolonge inutilement la sentence) n’honore pas les partisans de tels actes.


Appréhender raisonnablement les risques de récidive


Avec cette méthode coercitive, on ne s’intéresse pas aux émotions du chien ni à l’origine de ses réactions, on cherche uniquement à modifier son comportement. Or, s’il a peur, s’il défend une de ses ressources ou s’il a été dressé à mordre, s’il fait partie d’une race prédisposée à la réactivité vis-à-vis de ses congénères, il y a de fortes probabilités qu’il recommence. 

 

 

Mais alors que faire ?


Il n’y a jamais une seule méthode pour traiter un problème de comportement. C’est le chien lui-même, ses propriétaires, son environnement et son rythme de vie qui devraient guider les professionnels vers les choix d’une technique plutôt qu’une autre. Il vaut mieux se méfier des adeptes radicaux et inflexibles des deux bords (punitions ou renforcements positifs), car « il n’y a rien de pire qu’une certitude pour arrêter la pensée » comme le dit Boris Cyrulnik. Il faut au contraire personnaliser chaque intervention, anticiper les avantages et inconvénients de chacune, concevoir un programme élaboré pour espérer intervenir efficacement et surtout… sur le long terme.

Pour cela, les habituelles techniques d’habituation, de contre-conditionnement, de désensibilisation, de renforcements seront utilisées, sans jamais appliquer un seul protocole immuable et systématique, à toutes les situations.

 

Laurence Bruder Sergent (texte)

www.vox-animae.com

 

Patrice Seiler (illustrations)

 

 Rencontre-inamicale.jpg

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Published by Laurence Bruder Sergent (Vox Animae)
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