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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 08:19

Cave canem ! 


Les autres sources d’agressivité

La gestion de la nourriture et la maîtrise de l’espace sont des enjeux fort propices aux conflits pour nos chiens. C’est ce que nous avons vu lors de nos deux derniers articles. Mais d’autres explications émotionnelles peuvent provoquer des altercations, entre chiens et vis-à-vis des humains : une frustration, un agacement, une douleur, une peur…

 

Une agression n’est, dans le monde canin, jamais inutile ou sans objet. Sauf si le chien a été dressé à mordre les gens sur ordre ou s’il souffre d’une maladie, il y a toujours une motivation à ses comportements, même si cette raison ne nous est pas compréhensible de prime abord. Ses gênes, son histoire, ses traits de caractère, ses expériences passées… façonnent son tempérament et conditionnent sa manière de réagir.


L’agression répond à une stimulation

Les chiens sont susceptibles de défendre ce qu’ils perçoivent menacé (à tort ou à raison, c’est une perception individuelle), comme leur ressource, leur territoire ou leur lieu de vie (articles précédents), mais aussi leur jouet, leur panier, leur maître, leur congénère ou eux-mêmes. Ils peuvent vouloir faire obtenir quelque chose, ou faire cesser un comportement qui leur déplait, une approche qui les inquiète, un moment à venir qu’ils savent douloureux.

Pour aller plus loin, on peut comprendre le déclenchement du comportement agressif d’un chien par des facteurs endogènes et exogènes. Ce qui relève d’une stimulation spécifique à l’animal est appelé endogène. Cela concerne les causes physiologiques (biologiques et physiques), comme la faim, une douleur ou une irritation, et les causes émotionnelles ou nerveuses, comme la surprise ou le stress. L’environnement du chien impute des facteurs exogènes. Un humain ou un congénère pourra générer une émotion ou une sensation négative, telle la frustration, l’agacement ou la peur, et déclencher son instinct de survie, de compétition, de régulation ou de protection, notamment.

Attention ! On ne se rend pas toujours compte que brosser un chien peut être douloureux avec une carde abîmée, une main un peu rude ou à force de lui tirer les poils.

La peur est souvent sous-estimée par les propriétaires, qui forcent leurs animaux à accepter les cris, gesticulations et tapes d’un bébé, ou la présence d’un congénère en « nez-à-nez en laisse ».

Il ne faudrait pas non plus s’étonner qu’un chien de troupeau morde à la cuisse un individu qui s’éloigne, ou qu’un chien de protection menace celui qui s’approche !

 

L’agression est le dernier recours du chien pour se faire comprendre

Les premières solutions envisagées par les chiens, en tant qu’animaux aux mœurs fondamentalement sociales, sont d’abord de chercher une autre alternative que l’agressivité, en tentant de prévenir par la menace que quelque chose doit leur revenir ou cesser. Selon le cas, ils adopteront une attitude offensive ou défensive.

Attention ! On ne décèlera pas toujours la menace d’un chien trop poilu, à la queue ou aux oreilles coupées... L’hypertype créé par certains éleveurs amène des races à ne plus être en mesure de « s’exprimer »  et d’être « lus » comme les autres chiens. 

Si l’on pouvait traduire les grognements, les dents découvertes, le regard noir, droit et direct (offensif) ou de biais (défensif), les oreilles pointées vers l’avant (offensif) ou couchées en arrière (défensif), le corps figé, la queue dressée (offensif) ou recroquevillée sous l’abdomen (défensif), cela pourrait vouloir dire quelque chose comme : « arrête ! Ce que tu fais ne me plait pas du tout ! Si tu ne cesses pas, cela va mal finir ! ».

La seule chose à faire est d’arrêter immédiatement ce que nous, humains ou chiens, faisions. Il nous a prévenus, nous devons tenir compte de ses avertissements.

 


Une séquence comportementale ritualisée… donc prévisible

On l’aura compris, l’agressivité est une solution par défaut pour notre ami.  Auparavant, il aura tout fait pour éviter le conflit, au moyen de la soumission ou de la menace décrite ci-dessus.

Contraint de passer à l’acte, le chien attaque et mord. Dans la séquence comportementale « agonistique » d’ajustement propre à l’espèce canine, l’agression se résume le plus souvent à un coup de dent sec et non délabrant, l’objectif n’étant pas de tuer son vis-à-vis mais uniquement d’exiger de lui qu’il renonce ou montre sa reddition. Pour finir, l’un parvient à bloquer l’autre, et acte le retour au calme d’un léchage ou d’une posture d’apaisement.

Attention ! Nous insistons à nouveau sur l’importance des conditions de développement précoce : un chiot mal socialisé, c’est-à-dire mal éduqué par sa mère ou des adultes référents, risque de ne pas respecter la phase de menace, ne pas savoir doser la force de sa mâchoire, provoquer des lésions en saccades, ou ne pas accepter la soumission.

Tout aussi dangereux, un chien dressé au mordant pourra maintenir sa prise et ne pas stopper son attaque. Par conséquent, le danger est insoupçonné et insoupçonnable quand on ne connaît pas la provenance d’un animal proposé à l’adoption.

 


Au regard de ces éléments, et spécifiquement dans nos relations avec nos chiens, on comprend mieux que ce sont souvent nos attitudes qui ne sont pas limpides et obligent le chien à adopter une conduite agressive, comme s’il était en état de légitime défense. Par le respect des motivations, perceptions et émotions de nos chiens, bon nombre de morsures pourraient être évitées.

 

Nicolas Sergent et Laurence Bruder Sergent

www.vox-animae.com

 

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Published by Laurence Bruder Sergent (Vox Animae)
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